
À Underline, le nouveau lieu culturel installé sous les voûtes du 372, rue de Vaugirard, à Paris (15e), la quarantaine d’artistes de l’exposition se partagent les grandes voûtes ouvertes. Antoine Poupel est le seul à présenter ses images dans un lieu presque clos, à part : une petite alcôve sous un plafond en pente, consacrée à la terre. Trois murs l’entourent, un mur blanc, un pan de béton brut marqué d’ocre et de rouille, un mur de parpaings laissé nu. Au sol, un lit de charbon de bois. Dans un angle, une ampoule diffuse une lumière chaude. On y entre comme dans un petit sanctuaire, et l’ensemble prend l’allure d’un autel.
Sur le mur de gauche, trois grandes images verticales se suivent, du haut vers le bas : une canopée sombre, un tronc couvert de mousse, puis, au ras du sol, une racine pâle qui s’enroule sur elle-même, comme une main posée sur la terre. Le regard descend ainsi du ciel jusqu’au sol.
En face, dix images forment une mosaïque. On y retrouve la forêt, mais transformée par la couleur : des branches lilas sur un ciel violet, des érables rouges sur un fond bleu nuit traversé de traits de lumière, des verts et des pourpres qui se superposent. On ne sait plus très bien à quelle saison on se trouve, et c’est le propos. Ces paysages, photographiés au fil d’une année entre la France et le Japon puis recomposés, inventent une saison qui n’existe pas : la cinquième.
Antoine Poupel travaille la photographie comme un peintre. Pour lui, la lumière est une matière, et la couleur exprime une émotion plutôt qu’elle ne décrit. Ses images montrent moins ce qui était là que ce que le regard en a gardé.
Ces photographies dialoguent avec le lieu. D’un côté, la forêt, la sève, les feuilles qui naissent et rougissent. De l’autre, le béton, la pierre, et ce charbon au sol, du bois passé par le feu. La terre n’est pas ici un décor paisible : elle porte la trace de ce qui a brûlé, et en même temps ce qui pourra nourrir la suite. Les saisons d’Antoine Poupel ne reviennent pas à l’identique, elles gardent mémoire de ce qui s’est perdu.
On y retrouve aussi quelque chose du Japon qu’il connaît bien : l’attention à ce qui passe, la beauté brève de l’érable en automne. Et, dans ce recoin à l’écart de l’agitation des voûtes, une invitation à s’arrêter un moment et à se demander quel paysage chacun porte en soi.
Antoine Poupel est photographe ; nous collaborons depuis de longues années sur des projets d’images et d’écriture. Ses « Saisons » sont à voir à Underline : https://www.underline.paris, entrée libre , et à découvrir sur son site : antoinepoupel.com/saison5

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